Un enfant qui ne parle pas à deux ans n’est pas forcément en difficulté. Mais lorsque les mots tardent à venir, l’inquiétude s’installe et les questions affluent. Les étapes de l’apprentissage du langage varient d’un enfant à l’autre, mais certains repères permettent d’y voir plus clair et de distinguer ce qui relève d’un simple décalage de ce qui nécessite une attention particulière.
Les grandes étapes du développement du langage chez l’enfant
De la naissance à 6 mois
Dans les premiers mois de vie, l’acquisition du langage commence bien avant les mots. Les bébés explorent leur voix par des sons spontanés, des gazouillis, des vocalisations rythmées et de francs éclats de rire. Ces tous premiers essais vocaux posent les bases du langage à venir. Ils participent à la construction des mouvements nécessaires pour articuler et affiner la parole plus tard.
De 6 à 12 mois
Au fil des semaines, les sons se transforment en babillages. Le fameux « ba-ba » ou « da-da » surgit, souvent accompagné de gestes expressifs. Pointer du doigt, tendre les bras, battre des mains : tous ces moyens d’expression enrichissent la communication bien avant les phrases.
De 12 à 18 mois
Chez la plupart des enfants, les premiers mots s’invitent dans le quotidien autour d’un an. Leur lexique s’élargit lentement, jusqu’à compter une vingtaine de mots. À ce stade, l’enfant commence à répondre à des consignes simples du type « viens ici » ou « donne-moi ça », signe que la compréhension s’affine aussi vite que l’expression.
De 18 à 24 mois
Entre un an et demi et deux ans, le vocabulaire s’enrichit à toute allure. Certains enfants absorbent jusqu’à dix nouveaux mots par jour et les associent pour créer leurs premières phrases : « maman veut », « papa voiture ». L’émergence de ces combinaisons marque une avancée décisive dans l’accès au langage.
De 2 à 3 ans
À partir de deux ans, la parole se structure. Les phrases s’allongent : trois, puis quatre mots, parfois plus. Les questions apparaissent. L’enfant comprend et exécute des consignes de plus en plus complexes. L’écart entre compréhension et expression se réduit peu à peu.
Certains signes peuvent néanmoins attirer l’attention sur un éventuel retard. Voici les principales alertes à connaître :
- Des gazouillis limités ou absents, qui traduisent un manque d’expérimentation vocale.
- Un vocabulaire restreint à 18 mois, bien en dessous de la vingtaine de mots attendue.
- Une utilisation des gestes très réduite pour compenser l’expression orale.
- Des difficultés à comprendre ou exécuter des consignes simples, même répétées.
Qu’est-ce qu’un retard de langage et comment le détecter ?
On parle de retard de langage quand un enfant de 2 à 5 ans ne suit pas la progression attendue pour son âge. Au Canada, près d’un enfant sur sept de deux ans rencontre ce type de difficulté. La majorité parvient à rattraper ce retard avant l’âge de quatre ans. Si les problèmes perdurent au-delà de cinq ans, il s’agit alors d’un trouble du langage véritable.
Certains parents se posent des questions quand leur enfant ne prononce que peu de mots, n’utilise pas ou très peu de gestes, ou semble hermétique à des demandes simples. Parfois, c’est l’absence de réaction aux sollicitations ou une difficulté à interagir qui met la puce à l’oreille.
Face à ces signaux, le pédiatre a toute sa place pour une première évaluation. Si un retard est soupçonné, l’orthophoniste intervient pour proposer un bilan précis et entamer des séances de rééducation adaptées. Les séances d’orthophonie s’attachent à stimuler le langage, travailler l’articulation et développer la compréhension.
| Signes de retard de langage | Actions à entreprendre |
|---|---|
| Vocabulaire pauvre | Consulter un pédiatre |
| Peu de gestes | Évaluation par un orthophoniste |
| Difficulté à comprendre les consignes | Suivre des séances d’orthophonie |
La détection précoce d’un retard de langage permet souvent d’en limiter l’impact. Avancer main dans la main, parents, médecins et orthophonistes, offre à l’enfant toutes les chances de progresser dans de bonnes conditions.
Les causes possibles d’un retard de langage
Les origines d’un retard de langage sont variées. Le plus souvent, des troubles auditifs se cachent derrière des difficultés à parler. Même minime, une perte d’audition gêne la perception des sons et freine l’acquisition du vocabulaire.
Des déficiences intellectuelles ou des troubles des apprentissages, comme la dyslexie, peuvent également peser dans la balance. Ces difficultés compliquent le traitement des sons et la construction des phrases, rendant l’accès au langage plus laborieux.
Facteurs de risque
Certains antécédents à la naissance augmentent aussi la probabilité d’un retard. Voici les plus fréquents :
- Naissance prématurée
- Poids faible à la naissance
- Asphyxie à la naissance
Ces situations fragilisent le développement neurologique de l’enfant et peuvent, à terme, affecter l’évolution du langage.
Le trouble du spectre autistique (TSA) figure parmi les autres causes possibles. Les enfants avec un TSA rencontrent souvent des difficultés marquées pour communiquer et interagir. Le mutisme sélectif, où l’enfant reste silencieux dans certains contextes, doit également être pris en compte.
Influences environnementales
Le cadre familial et social pèse aussi dans la balance. Le niveau d’études des parents, les antécédents de troubles du langage dans la famille, voire des tensions ou conflits à la maison, peuvent freiner le développement langagier. À l’inverse, le bilinguisme ne constitue pas un frein durable. Un enfant exposé à deux langues peut présenter un décalage temporaire, mais il rattrape généralement ce léger retard sans difficulté majeure.
Face à la diversité des causes possibles, seule une évaluation complète par des professionnels permet de cibler les besoins spécifiques de chaque enfant et d’adapter la prise en charge.
Comment aider un enfant avec un retard de langage ?
L’accompagnement par un orthophoniste constitue le socle d’une prise en charge efficace. Après un bilan approfondi, un programme sur mesure est mis en place : exercices pour enrichir le vocabulaire, jeux pour encourager l’expression, activités pour renforcer la compréhension.
Le rôle des parents reste déterminant au quotidien. Leur implication donne un véritable coup de pouce à la progression de leur enfant. Pour soutenir au mieux cet apprentissage, plusieurs attitudes peuvent faire la différence :
- Lire ensemble des albums pour éveiller la curiosité envers les histoires et les mots.
- Multiplier les échanges verbaux, en prenant le temps de poser des questions ouvertes, d’écouter et de relancer la discussion.
- Recourir aux gestes et aux mimiques pour illustrer le propos et faciliter la compréhension.
Créer un environnement où l’enfant entend des mots, des phrases, des histoires et où il se sent encouragé à s’exprimer favorise l’essor du langage. Parler avec lui dès le plus jeune âge, même s’il ne répond pas encore, nourrit sa compréhension et prépare le terrain pour l’expression future. Les jeux interactifs et éducatifs apportent aussi leur pierre à l’édifice, en associant plaisir et apprentissage.
Enfin, garder le lien avec les professionnels reste indispensable. Les rendez-vous réguliers avec le pédiatre et l’orthophoniste permettent d’ajuster les interventions et de constater les progrès. Lorsqu’un retard de langage est repéré tôt et pris en charge, l’enfant a toutes les chances de franchir, à son rythme, les étapes de la parole. Un mot après l’autre, la confiance revient, et le monde des échanges s’ouvre à lui.


